Plaidoyer pour la pêche naturaliste.

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En ce début de mars 2018, une campagne d’affichage à été entamée à Paris, et une pétition mise en ligne contre la pêche à Paris… Nous sommes en droit de nous demander à qui profite cette campagne…(?) La réaction d’une certaine frange de la population des pêcheurs ne s’est pas faite attendre, et au-delà des « noms d’oiseaux », la colère a remplacée le dialogue, une campagne insultante venue de certains pêcheurs a pris une place importante, et les réactions ont été telles, qu’au lieu de servir la pêche, elle a mis en place tous les arguments contre notre pratique.

Je vous invite à lire la lettre ouverte écrite par Jean-Philippe F. et envoyée à Danielle Simonnet, conseillère de la ville de Paris.

Madame,  j’ai constaté le torrent d’insultes voire de menaces affligeantes à votre égard, ce qui m’incite à prendre la parole.

Bien que je conçoive l’agacement et la colère des pêcheurs passionnés suite à vos déclarations en soutien du projet de l’association qui veut interdire la pêche dans Paris, ces propos violents ne sont pas acceptables et n’apportent absolument rien à la prise de conscience, à l’information et au débat concernant une action qui part d’un très bon sentiment et qui nous est commune : préserver les poissons, s’inquiéter de leur sort. Car croyez-le ou non mais les pêcheurs aiment, respectent et sont fascinés par les poissons. Ils en rêvent même. Et en aucun cas leur envie de capturer un poisson ne relève d’un plaisir sadique ou d’une motivation cruelle. C’est avant tout une forme de quête de l’inconnu et de découverte de ces milieux aquatiques fragiles, mystérieux et captivants auxquels si peu de citoyens prêtent réellement attention. S’il est un sujet que je maîtrise plutôt bien c’est celui de la pêche et des poissons pour avoir moi-même été pêcheur pendant trois décennies avec beaucoup de bonheur, d’aventures et de découvertes à la clé. Une immersion et interaction avec la nature qu’il est difficile de décrire tant elle procure des émotions et sensations viscérales. Être au bord d’une rivière, d’un étang ou sur un lac, stimule les sens et l’imaginaire d’un pêcheur à un point que vous ne soupçonnez guère je suppose.

La pêche est un loisir fantastique qui incite au voyage, à la découverte de la nature, à la pratique du nautisme (pas du naturisme même si ce n’est pas incompatible), de la photographie, de la cartographie, du camping, de la randonnée voire même de la plongée…

Bien entendu il y a comme partout des individus peu dignes et qui ternissent l’image d’une pratique; par exemple en abandonnant leurs déchets ou en prélevant outre mesure. Ces gens nous font éprouver de la honte et du malaise car nous y sommes souvent assimilés. Fort heureusement, ces vingts dernières années, la pêche a considérablement évolué et dans le bon sens avec la pratique de la remise à l’eau des poissons pêchés. Même s’il reste des problèmes de comportements à corriger.

Parfois la capture d’un petit poisson ne dure que quelques secondes et il retrouve son élément sans vraiment avoir compris ce qu’il vient de lui arriver et même sans traumatisme particulier. La preuve en est que parfois des poissons mordent de nouveau quelques instants ou quelques heures après avoir été relâchés. Vous n’êtes pas sans savoir, même sans faire d’anthropomorphisme, qu’un animal malade ou blessé, n’irait pas se nourrir aussitôt et encore moins sur le même appât ou leurre si ces derniers leur avaient causé une expérience si traumatisante…
En fait, quand ils sont pêchés dans de bonnes conditions et relâchés avec délicatesse (ce qui est majoritairement le cas), les poissons continuent à vivre leur vie : nager, manger, se reproduire et parfois ils sont blessés ou mangés par leurs congénères.

Carpe virémie printanière.

Carpe morte de virémie printanière.

Les pêcheurs sont aussi des vigies de l’état des rivières et il faut bien avoir conscience que la pollution des eaux est un facteur bien plus stressant et traumatisant et très fréquemment mortel pour les poissons agonisant longuement à cause des diverses substances déversées dans les milieux aquatiques par ceux qui considèrent les rivières comme étant des égouts. Des centaines de milliers de pêcheurs cotisent chaque année près d’une centaine d’euros pour l’entretien des rivières, leurs surveillance et leurs peuplements. Sans pêcheurs, il faudrait alors soumettre l’ensemble des français à une nouvelle taxe pour assurer la préservation de ces innombrables milieux aquatiques. Des dizaines de milliers de kilomètres de cours d’eau et des dizaines de milliers d’hectares de lacs.
Cela fait cinq années que je ne pêche plus, pour me consacrer à d’autres loisirs et passions découvertes par le biais de la pêche, même si je continue à travailler dans le milieu de la pêche. Je gagne donc ma vie en partie grâce aux poissons et aux rivières, aux lacs, bref à la nature et aux pêcheurs qui la fréquentent.

Quand je pêchais je n’ai jamais éprouvé le sentiment de commettre un crime à l’encontre de la nature ni-même de torturer les poissons que je relâchais. Certes, je dois admettre que je les dérangeais et leur faisais vivre un moment dont ils se seraient volontiers passés. Mais rappelons-nous que nous sommes nous aussi des animaux, des mammifères plus exactement, dotés d’instincts et que la nature est notre mère, l’eau notre milieu d’origine, que nous partageons des gènes avec certaines espèces. Et que bien que l’évolution nous ait offert des capacités cérébrales supérieures, nous avons encore le droit d’interagir avec la nature, de la fréquenter et même la déranger sans forcément lui nuire de manière irréversible. Les animaux eux aussi se dérangent entre eux, se combattent, se courent après, se mangent, se blessent. Cela fait partie de la vie. Quand vous vous promenez dans la nature, vous écrasez sans même vous en rendre compte des fleurs, des insectes, des animaux… Vous dérangez la faune sans même en avoir conscience de par votre odeur humaine, ou votre parfum Dior, Chanel ou Givenchy, ainsi que par les bruits que vous faites.

Senteurs boisées au petit matin.

Senteurs boisées au petit matin.

Alors il faut relativiser.

Mais peut-être que vous n’allez jamais dans la nature, que vous restez enfermée en ville. Si c’est le cas je vous plains car vous passez à côté de moments de quiétude et de ressourcement très précieux dans la vie d’un être humain.

L’été dernier j’ai initié ma petite nièce à la pêche. J’espère qu’elle ne m’en tiendra pas rigueur quand elle découvrira que certaines personnes considèrent les pêcheurs comme des individus détestables qui prennent plaisir à faire souffrir des animaux. En fait elle a capturé quelques gardons que nous avons observés dans un seau avant de les remettre dans l’étang tout ragaillardis. Une expérience plus naturaliste que visant à satisfaire des pulsions malsaines ayant pour but de traumatiser des poissons. Disons qu’ils auront vécus quelques sensations fortes. Ça aussi ça fait partie de la vie qu’on le veuille ou non… On ne choisit pas toujours même en tant qu’êtres humains les sensations que l’on éprouve de gré ou de force.

Pour conclure, je pense que pour de multiples raisons vous faites fausse route. Si vous en prenez conscience ce serait une preuve de bon sens de rebrousser chemin ou bifurquer pour reprendre la bonne direction avec les pêcheurs et non pas contre eux. Vous devriez d’ailleurs vous rapprocher de quelques pêcheurs qui vous permettront de mieux appréhender ce domaine et contribuer à rendre la pêche encore plus respectueuse qu’elle ne l’est, plutôt que de l’interdire.
Signé par un humain amoureux de la nature et ayant à cœur de protéger et respecter les animaux, veiller à leur bien-être et la préservation de leurs écosystèmes.

Jean-Philippe F.

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